Interview de Damien Saez dans le magazine "Rock sound" du mois de juillet

Quand je t'ai vu pour la dernière fois, j'ai trouvé que ton groupe avais plus de liberté. C'est juste une impression?
Non, et ça va être comme ça de plus en plus! Je pense qu'ils ont un peu moins peur. Je dis qu'ils ont un peu moins peur. Je dis cela sans prétentions...(silence) Moi, j'ai toujours eu un côté " je porte tout", tu vois!? Mais, dans tout ce que je fais, je veux dire. Je me fais un restau, je ne me fais jamais inciter par exemple. Enfin, sauf quand c'est professionnel...Mais pour qu'on me paie un coup , vraiment, il en faut! C'est con! C'est vraiment débile comme façon d'être, mais je suis comme ça.

C'est un trait de caractère ou un truc d'enfance?
C'est plutôt un truc d'enfance, je crois. Plutôt une espèce d'auto-prise en charge qu'une manière d'amortir les coups finalement. Tu vois, hier, à Marseille, le concert par exemple, les gens n'étaient pas "là" . A part les dix premiers rang ou à l'inverse ça pogotait grave. Mais, au-delà de cette partie-là qui vivait le truc à fond, tout ce qu'il y avait derrière, c'était...(silence) Alors, soit il venaient à la messe et je ne m'en suis pas rendu compte, soit... C'était assez bizarre, des mecs qui ne bougeaient pas et qui chantaient toutes les paroles. Mais qui ne bougeaient pas, limite s'ils applaudissaient! Très bizarre. Ben moi, très vite ça m'a gavé et on est revenu pour le rappel, Marcus(bassiste, choeur-ndr) et moi...et même les autres, on le sentait tous, ça ne le faisait pas et...

Tu sens une différence entre les publics d'une région à l'autre? Et c'est conformes aux clichés que tu peux avoir sur les régions en question?
Pas du tout justement! Strasbourg par exemple, c'était étonnant. Alors qu'à priori, j'aurai plus misé sur Toulouse par exemple que sur Strasbourg. Et vraiment Strasbourg, c'était fou! Lyon aussi, c'était bien. Cela étant, il ne faut pas non plus grossir le phénomène comme à Marseille l'autre soir, c'est quand même des problèmes de "riches"! Pour n'importe quel groupe, le concert d'hier aurait été super. Mais, après, on perd un peu les repères et on est là :"Et pourquoi ce n'est pas l'hystérie sur chaque phrase chantée!?" Hé, ca va!! Il faut tout de même pas exagérer, ça ne peut être ça tous les soirs, tu vois!? Il faut redescendre un peu...Il faut se souvenir qu'il y a plein d'artistes qui font des tournées pendant des années et il n'y a pas d'album et les gensne connaissent pas les chansons par coeur. Et n'apportent pas directementce soutien de :"Je suis concquis avant même que tu arrives!" C'est pour ça que je dis que ce sont des problèmes de "riches". On a vraiment de la chance.

La scène, quand on a un jour approché la musique, on a tous rêvé de ça. Tu vis ça comment? Je veux dire, tu as remarquer une évolution de ton ego par rapport à ça?
Je me suis posé la question et ...ça "n'existe pas". Ce que je veux dire, c'est que mon ego ne change pas d'un iota. Je trouve les gens beaux, ça me fais du bien, je trouve ça émouvant, ça me touche énormément ,notamment entendre les gens ou les voir captivés sur un texte comme "Jours étranges", ça me touche profondément mais ça ne change pas mon ego. Je trouve ça fort émotionnellement et c'est pour ça que je dis que j'ai de la chance. C'est de l'énergie qui m'est donnée et je ne vois pas comment ça pourrait faire bouger mon ego dans un sens ou dans un autre, sincérement. Ce n'est pas toi qui donnes, tu comprends!?


"Rock n'Roll Star", c'est de l'ironie pure et brute ou c'est un "désamorsage" par anticipation?
C'est un désamorsage, c'est évident. Un désamorsage dans la chambre de bonne avant que le disque ne soit fait... C'est aussi une référence rigolote à plein de gens qui sont la "star" de leur domaine, de leur truc, de leur cage d'escalier. J'en ai rencontré plein comme tout le monde . Des "vedettes" à leur échelle, dans leur petite ville de province, dans la petite boîte de nuit locale. Mais qui dans ce schéma-là, sont de véritables "rock n'roll star", avec les mêmes tics et les mêmes clichés que les autres! Moi, je trouve ça rigolo. Cela étant, à mon niveau, c'est pareil que l'ego ce n'est pas possible, "ça n'existe pas". ça ne PEUT PAS exister... C'est pour ça que, même si ça fait partie de "l'histoire du rock", de la mythologie et que ça a créé des personnages, finalement, Billy Corgan, c'est plus un acteur qu'un chanteur! Si la mégalomanie en arrive à ce point là, il faut se calmer. Il n'est pas Mozart et ne le sera jamais. Ca reste un mec qui a fait quatre chansons et demi sur trois accords et demi, ça s'arrète là. Alors, soit il accepte ce rôle de chanteur qui écrit des chansons comme un Dylan peut l'accepter avec une beauté et une simplicité qui font partie de la vie, soit il se prend pour Dieu-le-père et, à ce moment-là c'est juste un acteur.

Tu as de l'admiration pour une attitude à la Springsteen par exemple?
Oh oui! Evidemment, c'est ça la vérité. Bon maintenant, c'est vrai qu'on a envie d'un peu plus d'énergie, qu'on est plus énervés, qu'on a peut-être envie de gueuler un peu plus fort que lui ne le fait. On est pas forcés d'être en permanence dans cet état de sagesse mélancolique --comme Dylan du reste, "Blowin'in the wind", il a finalement tout dit dans cette chanson-- qui répète : "Combien de routes il va falloir faire avant qu'on soit des hommes?"! Il y a des moments où l'on a besoin de ça mais il y a aussi des moments où le "My Way" des Pistols, il n'est pas mal non plus (sourire) ! Ouais parce qu'il y a des moments où l'on pète les plombs... Mais c'est plus une attitude de gamin ça :" j'ai six ans et j'envoie tout chier parce qu'il le faut!" Sans raison. Juste par ce qu'il le faut.


Tu détestes t'auto-justifier hein?
C'est à dire?

Quand tu fais quelquechose, bien ou mal, par besoin plus que par envie souvent, tu refuses souvent d'avoir d'avoir à le justifier face aux autres...
C'est possible. Je pourrais à la fois dire oui et non... C'est bizarre.


Je disais ça par rapport au pétage de plomb d'un gamin de six ans dont tu as parlé...
Oui, j'ai bien compris. Ouais t'as raison, il y a de ça. En plus...


Ouais, c'est ça: "je me ronge les ongles et je vous emmerde!"...
Oui, c'est vrai, je n'ai pas besoin de me justifier et je n'aime pas non plus qu'on me prenne trop au premier degrè, ni qu'on fasse d'amalgame... Parce que les mêmes mots il y a un an et aujourd'hui ne sont pas pris de la mêmr façon, ils n'ont pas le même poids, tu vois ce que je veux dire? Aujourd'hui le moindre "Vous me faites chier!", d'abord tout le monde ferme sa gueule, alors que ce n'est pas forcément ce que je demande; et ensuite c'est automatiquement dans la tête des gens : "le voilà qui fait sa star!" Ca ça me gave! Mais vraiment.


Ca te retient désormais sur certaines chansons, je veux dire de te laisser aller, parce qu'elles ne seront plus prise ou comprise comme elles devraient?
Par exemple?


"Sauver cette étoile" notamment qui aujourd'hui n'est certainement plus prise par les gens comme lorsque que tu étais inconnu...
Je ne crois pas que ça me "retienne" comme tu dis mais il y a un truc qui me fatigue par-dessus tout: c'est que ce ne ce soit pas gai...


Que veux tu dire?
L'argent fait sur de la gaité, je le trouve plus sain que l'argent fait sur le malheur.


C'est très judéo-chrétien , ça !Et pour le coup, c'est de l'auto-justification, non?
Moi, je ne dirais pas que c'est judéo-chrétien, au contraire! Le côté chrétien, ce serait pluôt : "Je me plains, je suis content de me plaindre et écoutez-moi pendant que je me plains!" Et si on pouvait se flageller en plus, ce serait pas mal... Non, c'est pas ça!


Je suis d'accord sur le principe mais je ne parle pas de ça, je parle de la réflexion que tu as dessus... cette espèce de "morale".
Non, ce n'est pas "moral", c'est sain. Et je parle de mon esprit, je ne parle pas au niveau social, ça, je m'en fous, je m'en carre totalement. C'est juste que ça me fais chier de chanter certains trucs "Monter là-haut", c'est vrai, j'ai de plus en plus de mal. c'était à strasbourg justement je crois, on commence la chanson, il y avait un mec et une nana devant qui étaient en larmes, carrément, complètement. Genre, la tête posée sur la scène, les sanglots et tou. Et toi, t's là : "Ca ne vas pas ! je suis curé ou quoi !?" Eh ben, tu peux retourner le truc comme tu veux, il y a un peu de ça, il y a un peu de curé dedans : "On viens sortir ensemble notre douleur." Et c'est une messe, tu te rend compte, une messe ! Au bout d'un moment ça prend une empleur... Regarde U2 d'ailleur, encore une fois , quand ils vont dans une ville, ils ont le statut du Pape ! voire plus. Et ça, c'est bizarre pour le moins, sinon dérangeant. C'est pour ça que je te disais tout a l'heure, "ça n'existe pas," ça n'est pas réel, ça n'est pas le "réel". Et pour moi, ça ne le seras jamais.


Quelque part, c'est un peu le rôle assigné à l'artiste dans une société : être le récipiendaire des frustration et des douleurs non ?
Oui, tout à fais, d'autant que franchement, tu retranche la religion à l'art, que reste-t-il ? Pas grans chose, non !?


Ces choses qui te sont révélées tu penses que ça peut influencer l'artiste dans l'intimité de l'ecriture ? non parceque l'ecriture c'est le réel.


Tu te contredit là un peu ! imagine, tu ecris une chanson, seul dans une chambre d'hotel, elle t'es inspirée par un moment de cafard, tu la soumet au groupe, vous l'enregistrer, elle sort sur disque, elle plait aux gens. Elle auras d'un coup un impact sans commune mesure avec ce que tu avais dans la tête au moment de l'ecriture. Et on en reviens au concept : "c'est pas très simple de faire de l'argent sur le malheur". non ?
Ouais, ouais, c'est vrai ... Mais, regarde hier soir on sort après le concert et on tombe sur des nanas, vingt/vingt et un ans il y en a une qui me dit : " tu vois tes textes, c'est ma vie ! " Ben, c'est comme ça ! c'est comme les lettre que je reçois... une des toutes premières lettres que j'ai reçues, il y avais une seringue avec ! C'est tout con et c'est rien à soi, par rapport à la vie, c'est rien mais... C'est pas du Souchon, quoi. Tu vois ce que je veux dire !


Ces choses là te boulversent dans ton integrité d'être humain, je ne parle pas de l'artiste là !
Ouais, ça me fais chier. Ca me marque. Parceque moi, quelque part, j'aimerais bien un monde parfais, isolé, ou tu peux regarder, être touché par mais sans toucher, tu vois ? J'aimerais écrire sur des choses que tu veux vois, mais que tu vis par procuration ...


Vivre des choses dans un bulle, par procuration, sans se faire mal. En même temps, la vie, ce n'est pas comme çà, ça fais mal ...
Et là, ou tu te rend compte des choses, c'est que, quelque fois, tu peux être dépassé par les mots. C'est con, ce ne sont que des mots mais ils peuvent être plus grands que toi.Parceque le mots sont toujours pris dans leurs sens profonds.


C'est pour cela que tu force ta voix des fois ? Pour "désamorcer" certain mots ?
Bah oui, un peu. "Amandine" par exemple, ce n'est que ça. C'est : "je parle de quelque chose mais j'en parle d'une certaine façon". Au point qu'on oublis même le sujet de la chanson. Et les gens ne se focalise plus que tu la manière dont tu la chante pas sur ce qu'elle dis. C'est évidemment une façon de désamorcer.


Quand tu sur-joues un texte, tu deviens un acteur, non ?
Oui je suis daccord. C'est ça. Oui parceque je crois au théâtre. J'en reviens à hier, où il y eu deux/trois réflexions interessantes. Il y a un mec qui a dis à un moment : " Oh là là ! Il se la pète grave ! " Un truc dans ce genre. Et je trouve ca normal que ca ressorte et qu'un mec dise ça. Mais, en même temps, il viens me le dire, la seule réponse que j'aurais, ce seras : " Oui, mais toi tu paies cents balles pour venir le voir et moi, je ne paies pas cents balles pour venir te voir ! " ça s'arrete là. Si tu n'as pas envie de voir un mec qui est à un mètre cinquante plus haut que toi, qui parle dans un truc qui fais que sa voix, on l'entendra cent fois plus fort que la tienne, si déjà, tu ne peux pas suporter ça, alors ne viens pas ! Parceque moi quand je vais voir des gens, sois c'est les deux aspects cumulés -- ce qui est très bien -- sois c'est de l'émotion pure. Avec le paroxysme dans un sens d'un Springstieen par exemple : ou chaque soir pendant trois heures, c'est l'auto-analyse, "vous en faites ce que vous en voulez mais moi je me donne" sois c'est un chow, c'est du théatre, il y a des personnages, chaque mot deviens un personnage, tu vois ? Quand les deux se cumulent c'est génial. Mais j'aime bien les deux. Bono, en méphisto, avec ses cornes qui d'un coté peuvent sembler completement ridicule mais c'est génial. Bowie, c'est pareil, tu enleves cette dimension à Bowie, il ne reste pas grand-chose. Mais tu peux aimer Bowie et Loureed, c'est possible. Voilà pou le coté "acteur", le coté théatre, moi, j'aime bien ... Là, je ne le fais pas trop, c'est anecdotique pour l'instant mais de plus en plus je vais le faire. Et serieusement. Quand je dis "théatre", c'est vraiment le mot : maquillage, personnages, aller un peu allieur : donner un peu un sens ... Comme la messe, on y reviens !


Tu ne detestes pas l'arogence, n'est-ce pas ?
Non c'est vrai (rires). Mais c'est ça le truc, c'est pour ça qu' Oasis me fais rire. Si je les prenais au premier degrés, je n'écouterais pas une seule de leurs chansons. Maintenant, Il y a autre chose derriere qui m'interesse. Ce dont on parlais tout a l'heure par rapport à la voix, si ce n'est pas de l'arogence alors qu'est-ce que c'est ?


Dans l'idée même de se maquiller, de "monter" un spectacle, est-ce qu'il n'y a pas déjà en germe, le reproche récurrent qu'on fait souvent aux artistes et spécialement aux chanteur, de chercher à se dissimuler?
Oui, si le chanteur n'est que ça. Si, du début à la fin de son spectacle, ce n'est que ça, alors évidemment il se dissimule. Si c'est ça parmi le reste, non. C'est autre chose... Je ne pourrais pas être travesti en chantant "Sauver cette étoile", ce n'est pas possible. Je ne pourrais pas et il n'y aurait aucun intérêt à l'être. Tu parlais de "prétention", mais commencer une chanson par : "Ici dieu le Père qui te parle..." tu vois (rires)! A la base, c'est un peu dur! Mais il y a la phrase qui suit.


Ce que j'aime bien chez toi, c'est ce sens assez déroutant d'assumer les choses qu'on ne rencontre pas souvent. Spécialement dans le milieun musical français où les gens passent leur temps à s'excuser de demander pardon de faire ce qu'ils font...
C'est exactement ça! Ca rejoint ce que je disait par rapport au mec d'hier, celui de "il se la pète grave" tu sais... "Pourquoi il n'est pas que fragile Saez, qui si on le touche il va se briser, qu'en plus il nous montre que vraiment il a besoin de nous et qu'il nous remercie, nous grand public énorme..." Moi, je suis désolé, si je me fais chier avec un public pendant une heure et demie, je le dis. A Marseille, ils n'ont pas été déçus: je leur ai dit que c'était le pire concert qu'on avait fait! Parce que c'était vrai tout simplement. Et même si ça me fais chier de le dire parce que c'est une ville et des gens que je connais un minimum... Mais ils m'ont gavé, que ce soit pour le show-case ou pour le concert. Ce n'est pas que le public n'est pas présent mais c'est juste qu'à un moment, tu te demandes pourquoi il est là! Donc, c'est vrai, j'estime qu'on arrive pas forcément quelque part en baissant la tête, voilà...


Mais justement, ce n'est pas de l'arrogance pure que de vouloir capricieusement qu'un public soit ci ou ça!? Après tout, il a le droit d'être comme il a envie le public!
Non. Il n'a pas le droit. Parce qu'evidemment, on peut prendre le truc dans le sens : "t'es payé pour le faire". Mais, pour moi, il y a une autre notion dans le fait de chanter que d'être juste "payé" pour le faire. D'abord, ce truc n'est pas vraiment un métier et de plus sur une heure et demie, il y a des moment où il n'y a pas de maquillage... Tu vois ce que je veux dire? J'ai ma conscience pour moi en quelque sorte. Mais on est en France et ce discours passe mal. Moi, si tu veux, pour reprendre le cas d'Oasis, je comprend tout à fait un Noel Gallagher qui, lorsqu'on l'accuse que ça musique ressemble à celles des Beattles, se contente de répondre : "Ecoute gars, j'ai vendu vingt millions d'album, il y a vingt millions de crétins qui sont allés mettre cent vingt balles dans le diques; je suis multimillionnaire, je suis gros, gras et riche et maintenant, que ça ressemble aux Beattles, je m'en fous!" Eh ben, je préfère ça comme démarche -- parce que je sais qu'il y a quelque chose derrière, que ce n'est pas du premier degrès-- à une attitude de carpette, maniant la langue de bois...


C'est une manière de te surprotéger aussi quelque part, non?
Oui, bien sûr. Mais c'est aussi une manière de ne pas lécher le cul tout le temps. Et ce n'est pas parce que c'est "ton" public, que tu lui dois la vie. Il n'y a rien de méchant dans ce que je dis attention! Mais moi, j'arrive sur scène, c'est : ou je les trouve beaux et je suis content et je suis même véritablement "honoré" par leur présence, avec tout ce que le therme contient comme respect ; ou rien ne se "passe" et qu"on ne compte pas sur moi pour me mettre à genoux. Parce que je n'ai pas à le faire et que je n'ai pas à caresser qui que ce soit dans le sens du poil pour qu'il y ait un échange. S'il y a communication, c'est parfait ; dans le cas contraire, pendant une heure et demie, je vais essayer de faire en sorte qu'il y ai une communication, d'aller chercher les gens, à coeur ouvert. Mais si ça ne marche pas je ne ferai pas "comme si"! Je vais ouvrir ma gueule... C'est ce qui fait chier la maison de disque du reste. Il y a un truc qui les fait chier et c'est celui-là: le fait que j'ouvre ma gueule ! C'est une question de caractère. Et c'est vrai pour tout.


Ils te préfèreraient plus fade, plus lisse?
Ben tiens! Au Printemps de Bourges, je demande des pass à un mec qui me balade pendant dix minutes; d'ailleurs, je ne demandais même pas des pass à lui, je demandais qu'on appelle quelqu'un, nuance! Bref, je parlemente pendant je ne sais combien de temps pour arriver à rien, au final, j'appelle mon tourneur pour lui dire : "Viens me démerder cette histoire de pass". Et, qu'est-ce que j'apprend la semaine suivante? Que le truc qui circule à la maison de disque c'est : " Ah ! Saez a encore fait des sienne, il a encore foutu le souk ! "ça me fous en rage ! Ah c'est rock'n roll ! Quelle grande famille ! Putain, même chez TF1, ils sont plus d'avant-garde; et au mois ils sont polis ! Ca, ça me gave. Avant que je n'abonde dans leurs sens, il en faudra des années ! Alors de temps en temps, on m'explique qu'il faut faire ci, qu'il faut faire ça , qu'il faut être "malin" ! Putain, pour moi "être malin", ce n'est pas ça du tout. Être malin pour moi c'est être fidèle, c'est savoir où tu vas, pourquoi tu y vas et avec qui. Même s'il n'y a que deux personnes. C'est peut-être à trois que le truc va marcher. Tu sais, une relation avec un public, c'est comme une relation amiureuse : si l'un des deux aime plus que l'autre, il y a un déséquilibre. Alors bien sûr, on a tous une sensibilité, un coeur, des émotions mais il y a une limite aux choses...


N ' y a-t-il pas un paradoxe entre ce qui semble être une de tes obsessions "ne pas se blesser" et les textes faisant plutôt état du contraire ?
Evidemment. Qui a envie de se blesser ? Je crois qu'iol y a eu des moments qui m'ont calmés avec ça. D'autant que j'ai vaguement le sentiment de l'être constamment. C'est le truc des insatisfait ça... Tu cours, tu évites les obstacles et parfois tu vas même te créer des obstacles que tu vas passer du temps à éviter ! Ce n'est pas très simple c'est vrai. Et ce paradoxe que tu relevais, je crois qu'il est dû au fait d'être en permanence insatisfait. Insatisfait pour moi, ça veux dire un peu "blessé en permanence".


Tu semble quelqu'un annimé par la compassion par le soucis de l'humain en règle générale et en même temps, on a le sentiment que tu peux être impitoyable...
(silence) Ouais, ça, c'est vrai et c'est un défault. Je peux être inmpitoyable. Je suis tellement droit que j'en suis rigide. Au point que ca devienne un défault. Le coté "impitoyable" va avec le coté "je ne me justifie pas" je crois. C'est le côté "gamin de six ans" aussi. Plus impitoyable que les gamins, je n'ai pas vu... Un gamin est quand même ce qu'il y a de plus facho. "tu donnes? Tu veux pas donner? Je ne te parle plus. Tu veux toujours pas donner? Je crie, je hurle". Et dans la cour de récré, c'est : "Tu vas voir ta gueule!" Et pour peu que tu aies des lunettes et une tête de premier de la classe, tu morfles! C'est cette logique-là, je le reconnais et c'est terrible parce que tu n'as plus ce reflexe instinctif de te mettre à la place des gens. Essayer de comprendre les gens. C'est : "Allez tous mourir!" et c'est le plus gros inconvénient de cette attitude.


Est-ce que cela t'interroge sur une nature profonde relativement violente que, du coup, ton travail en tant qu'artiste essaierait d'humaniser?
Tu as moitié juste, moitié raison! C'est-à-dire que tu as raison (rires) ! Le truc, je crois, c'est "se regretter" . C'est dur ça. Quand je dis "se regretter", c'est "regretter ce qu'on était". Et même ce qu'on a pu être dans les moments difficiles. Mais, il y a un moment où le "gentil", "l'humain" à l'état pur, il a trop pris, même inconsciemment. Je t'assure, il y a des moments aujourd'hui où je déprime parce que je me dis : "Putain, mais qu'est-ce que tu es devenu?" "Putain, mais il est où? Il est où, le môme que j'étais?" Parce que contrairement à ce que j'ai dit tout à l'heure sur les gamins de six ans, moi à six ans, j'avais une attitude d'un mec de vingt ans ! très réfléchi. Pas de caprices. Essayer de comprendre les gens, de me mettre à leur place. De comprendre pourquoi le mal, etc. Tout le temps. Une maturité permanente et quasi instinctive. Et ça, ça continue de marcher dans la tête mais dans le comportement social, de moins en moins...C'est pour ça que je dis "se regretter" .Et les chansons, ce n'est pas humaniser les choses, c'est d'être soi avec toute la sensiblerie et la naïveté que ça peut comprendre. C'est pour ça que, par rapport au public, je ne vais pas être non plus d'une indulgence totale et que je ne vais pas me donner à corps et âme en plus de mes chansons. Parce que j'estime que déjà, dans les mots, j'ai pas mal donné. Je suis déjà là, je suis moi et il n'y a pas un mot qui est un mensonge. D'ailleurs, quand je sors de scène, je suis ailleurs, je n'ai pas de réactions, de sentiments. Et puis, au bout d'un moment, je reviens dans la réalité. Mais tout a un sens, j'en suis convaincu : partir de sa ville tout seul; se retrouver à Paris pratiquement tout seul ; et puis un album rebelote ; et puis maison de disques et tout ça sans argent ; c'est un défaut... Mais ce sont des gens qui te font devenir comme ça, je veux dire. A moment donné entre patron de maison de disque, tourneur et médias, ce n'est pas non plus de la franche rigolade ; et c'est n'est pas non plus de "l'humanité brute" ! Et ça aussi, je le "regrette", c'est pour ça qu'il va falloir que je passe un peu de temps avec moi. Contrairement à ce qu'on peut penser, je ne passe pas beaucoup de temps avec moi.


Ce que tu es train de vivre tu t'en sers comme thérapie?
Pas là, maintenant. Mais de ce que je suis en train de faire pour après, oui.C'est au moment de l'écriture qu'il y a une thérapie. C'est là où tout le monde se retrouve face à ses hésitations, ses doutes. Va-t-on arriver à faire sortir ses douleurs? A le mettre là, noir sur blanc? Après, ça ne l'est plus. Mais l'écriture oui. L'écriture du texte, il n'y a pas à chier, c'est vraiment la science de l'âme pour moi. D'ailleurs, au niveau de l'éducation en France , je trouve que c'est un drame, l'écriture... Autant je trouve que j'ai eu de grands pédagogues en ce qui concerne la littérature, la lecture, l'explication. Comment même un poème de deux strophes pouvait être pensé, calculé, mis en place comme une harmonie d'un morceau de musique. Comment la poésie par exemple n'était pas que de l'inspiration. En revanche zéro au niveau de l'écriture! Et au Conservatoire, pareil! Moi, ça m'a marqué. Qu'on ne t'apprenne pas "à écrire" en fac de lettres, je trouve ça aberrant. N'appelez pas ça fac de lettres! Appelez ça fac de lecture, fac d'histoire de la litterature ! On apprend bien la technique au CP, pourquoi n'apprendrait-on pas la composition plus tard?


Pour des raisons sociales, politiques, morales et bien d'autres encore : certaines choses sont réservées à "ceux qui savent". Après, on crée des musées, on institutionalise le savoir, il y a des artistes "officiels", etc.
C'est ça ! Ce côté : "on a déjà des génies, sachez qu'ils sont des génies, vénérez-les!" Comme au Conservatoire ! "Quoi tu veux composer? Ben attends, t'es pas Mozart !" La question, c'est pas que je sois Mozart ou pas, c'est l'envie de le faire. Et c'est sûr que je ne suis pas Mozart mais Mozart, il n'avait pas mon coeur et il est mort ! Alors, si on pousse ce résonnement au maximum, on fait quoi ? On arrête tous de vivre ? Ca ne m'etonne pas qu'il n'y ait plus d' idéologies, plus de rêves, tout va ensemble finalement !


C'est une réaction par rapport à ta formation ça ?
Non, parceque ma formation, je la respecte. Le Conservatoire, c'est une partie de moi que je ne renie pas du tout, loin de là.


Ca pourrait être un rejet aujourd'hui, parce que sur le côté "Ex-pensionnaire du Conservatoire", je trouve que tu n'en fais pas des tonnes...
Parce que ce n'est pas ma recherche aujourd'hui. Maintenant, quand je te dis que le deuxième album vas être différent et que j'ai envie de le faire tout de suite, ça te donne sans doute quelques pistes de ce côté... Mais, aujourd'hui, la reflexion que j'ai sur le Conservatoire, c'est plus un constat. J'ai fait du piano et de la guitare même si j'ai plus travaillé le piano; j'ai écouté autant de classique que de rock; je me dis que s'il y avait une partie réservéeà la composition, ce serait vraiment l'endroi idéal ! Mais le conservatoire, c'est magique, tu n'as pas à payer ! Tu te rends compte ? Tu ne débourses pas un sou et on met à ta disposition une maison avec plein d'instruments dedans ! C'est vraiment la "maison de la musique". L'idée est extraordinaire. C'est pou ça que l'absence d'enseignement de la composition est d'autant plus dommage. Parceque c'est important de révéler ça aux gens. C'est tellement important de leur montrer que s'ils sont souvent considérés comme la moitié de quelque chose de formidable, tu vois ce que je veux dire ? Leur faire prendre conscience, ne serait-ce qu'il y a du chemin à faire, du travail à fournir. Mais que la base est là , que la petite graine est là, qu'elle vas donner un bébé, qui apprendra le languag, avant lui-même de devenir père ou mère ! À un moment, je trouve que c'est juste ne pas faire comprendre le stade de l'évolution, mais juste le resultat : là, le génial et là, le point zéro, sans donner aucune chance à aucune tentative de dépasser le point zéro pour aller à 0,1. Ce qui est déjà un point énorme. Tu vois, c'est ça que je regrette... Cela dis, on pourrait aussi me dire : "Dis donc, peut-être que si on avait laissé la place à la composition, t'aurais peut-être pas eu l'envie que tu as eu d'y aller seul... "Peut-être que c'est vrai, que ça n'aurais pas fait monter en moi autant de frustrations qui m'ont permis d'avancer... C'est possible. Sauf que pour moi, ce n'est pas vraiment une bonne logique; même si on peut en constater les effets après. C'est comme si quelqu'un me disait : "T'as eu de la chance que ton père se casse parceque, comme ça, t'était malheureux et ça ta rendu sensible." Tu vois, c'est un peu la même chose. Et c'est pas une bonne logique...


Tu as eu des tentatioins parfois ?
Ca, je crois qu'on en a tous . Et puis, moi je le dis : "je ne suis pas un ange" et je ne l'ai jamais été. Ou alors, je ne m'en souviens pas (rires) ! Tu connais le truc : "je n'ai jamais tué de chats. Ou alors ils n'étaient pas beaux et ils sentaient mauvais (rires) ! " Le mal, on a tous ça en nous, et on est tous tentés et on fais tous des conneries; et on prend même du plaisir à les faire. Tu sais, malgrès les apparences, je ne suis pas très fort, très costaud. Au niveau des tentations, c'est vrai que je vais me pencher sur des choses mais je ne suis pas et je ne serais jamais lou Reed pour résumer. Je ne pourrais pas. Je ne suis pas assez fort et il ne fais pas assez froid dans mon pays... Même si je me sens proche musicalement de Lou Reed et même de plus en plus, mais non ... D'autant que je suis en contact avec des gens qui ont ces faiblesses -- ou cette force, je n'en sais rien après tou -- et ces tentations du mal, de la souffrance par le plaisir et du plaisir par la souffrance.
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# Posté le vendredi 11 mars 2005 12:04

Interview de Saez dans le magazine XL du mois de juillet

Avec "jeune et con" tu as fait ce que l'on appelle un tube. Quelle est ta définition d'une bonne chanson?
Je reprendrais une phrase que Jimi Hendrix chante sur "All Along The Watchtower" :"tout ce que j'ai , c'est ma guitare rouge,trois cordes et la vérité" .Une bonne chanson, c'est ça! Elle sonne sur trois cordes et ne dit que la vérité. Ce n'est pas quelquechose que les gens veulent entendre ou savent déjà , sinon cela veut dire que tu t'es gaufré, mais une idée personnelle à laquelle certaines personne vont adhérer.

Tes déracteurs t'accusent de chanter des textes trop naïfs, trop révoltés, trop... ados!
Ma première réponse: qu'ils aillent se faire pendre; deuxième réponse: qu'ils retourne se faire pendre s'ils se sont ratés,et troisième réponse: je m'en fous!


Pourquoi as-tu préféré une carière solo à celle d'un groupe?
Je ne suis ni en solo ni en groupe. Disons qu'il s'agit d'une nouvelle race hybride, celle des gens qui bossent avec les potes et par feeling musical.C'est pour cela que j'ai pris ce nom car il m'appartient et représente à la fois une forme d'abstraction. Il n'y a pas de prénom avant le Saez. Ce n'est ni du travail en solo, ni le résultat d'un véritable groupe...

A travers tes chansons, tu exprime souvent un mal-être lié aux années lycée. Tu t'inspires de ton expérience? Ca devait être plutôt glauque...
Mon adolescence n'a pas été plus difficile qu'une autre. Ce n'est pas un style que j'essaye de me donner mais quelquechose d'inné. Cela ne veut pas dire pour autant que je ne me marre pas dans la vie ...J'écris des textes depuis cinq ans ,et de la musique depuis sept ans. tout est venu de manière instinctive. J'avais 17 ans, j'étais à Dijon au lycée, et j'éprouvais le besoin de m'exprimer. Un jour, tu associes les deux
et voilà...

Tu fais du rock alors que tout le monde ne jure que par le rap et l'électro, tu penses qu'il y a actuellement une renaissance du genre?
Bien sûr qu'il renaît puisqu'on est là! (rires) Plus sérieusement, je ne suis pas certainqu'il soit mort un jour . En France, les gens ne se retrouvent pas dans une culture rock. On est ni en Angleterre ni aux USA .Mais il a toujours existé une forme de culture rock autour des radios notamment.



Dans ton album, il y a une chanson dédiée à une certaine Amandine, tu nous la présentes?
Amandine est Amandine!...(NDLR: en prenant une voix à la guignol) C'est ma vie privée, on n'a pas le droit d'avoir de trucs à soi?

Tu as le choix entre Jennifer Lopez, Patti Smith, Britney Spears ou PJ Harvey, laquelle te branche le plus?
Tout dépend de ce que l'on appelle "brancher". Patti Smith dans un lit, il faut vraiment qu'elle chante, sinon c'est plutôt hard, mais, au final , c'est elle que je choisirais. Pour la légende . Jennifer Lopez, déjà plus que Britney Spears , mais c'est pas le top. Et pour PJ Harvey, hum, c'est vrai qu'elle est belle quand elle chante "perfect day".

Que fait tu en dehors de la musique?
Je joue aux cartes(rires) et je scotche , surtout en ce moment, sur la Dreamcast! Je sais , tout cela ne fait pas voler l'esprit très haut! J'adore foutre des raclés à Franck (NDLR: guitariste) car c'est vraiment un loser. En fait , la lose n°1 c'est Franck etla lose n°2 c'est Antoine (NDLR: clavier).Du coup, je m'en tire toujours à peu près bien...
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# Posté le vendredi 11 mars 2005 12:03

Interview parut dans le magazine "Buzz" de mars 2000

Tu déclares vouloir que l'on s'intéresse plus au fond qu'à la forme. Est-ce que cela signifie que tu penses que musicalement, ce que tu fais n'est pas très original ?

Je pense qu'il n'a a aucune originalité dans ce que je fais. Mais je n'irais pas jusqu'à dire que c'est banal. C'est un peu les deux en fait. Si j'étais méchant avec moi-même, je dirais que "Jours Etranges" se rapproche d'un karaoké de rock. Maintenant, il y a quand même de la recherche dans les arrangements, dans les sons, comme celui du modem, par exemple. Et puis il y a les textes. S'ils n'avaient pas un sens pour moi, je ne pourrais pas les chanter.

Dans tes paroles, tu pointes des problèmes connus. Tu n'as pas l'impression d'enfoncer des portes ouvertes et de ne pas apporter de solution ?

Mon album est plus un cri qu'une solution. Mais je ne suis pas sûr que les solutions existent. Par contre, je sais que les problèmes existent et qu'ils méritent d'être signalés. Je pense que c'est plus percutant de le faire dans un disque que dans un journal télévisé. Il est de toute façon toujours bon d'enfoncer des portes ouvertes quand elles ont tendance à se refermer. En même temps, je ne suis pas sûr que ce que je dis soit si convenu, par rapport à ce que j'entends autour de moi dans le rock, à la radio.

Quel est le message, finalement, de ces textes ?

Notamment dénoncer une certaine jeunesse que j'ai connue, qui préfère passer ses soirées à ne rien faire, à "discuter". En fait, à fumer du shit. Je parle de ce que j'ai vu et je n'ai aucune envie d'être démago avec la jeunesse. D'ailleurs ça me vaut pas mal de critiques de journaux de jeunes, qui trouvent mes chansons prétentieuses, sauf que dans Jeune et Con, j'ai la décence de m'inclure dans cette jeunesse en utilisant le "on". J'ai fait partie de cette jeunesse, par sociabilité, mais ça m'énervait déjà.

Tu as été jusqu'à où ... par sociabilité ?

Un peu plus loin que la coke. Sans aller jusqu'à l'héroine. Je n'aurais pas eu la force d'en revenir. J'ai vu des personnes partir à cause de la drogue et du mal de vivre. Je suis moi-même obsédé par des idées morbides. Et le disque n'est qu'une thérapie que pendant son enregistrement, ou sa reproduction sur scène. Mais au plus déprimé que je puisse être, je préfère chialer pendant quinze jours ou écrire que de reprendre de la drogue.
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# Posté le vendredi 11 mars 2005 12:02

Interview réalisé lors de la sortie de son album par la radio "vallée FM" puis publié par le mag "Standart"

A la première écoute de "Jeune et con", il est difficile de ne pas penser à Noir Désir et particulièrement au thème musical et chanté de "Un jour en France". Peux-tu donner ton avis là-dessus et nous dire quelles sont celles que tu admets, car on pense aussi aux Smashing Pumkins, U2 ou Jeff Buckley ?
Je ne suis pas vraiment d'accord sur le rapport qu'il peut y avoir entre "Jeune et con" et "Un jour en France". Si l'utilisation du mot France ne fait référence qu'à une seule chanson, c'est triste pour le paysage français. En effet au niveau de la voix, je vois la correspondance qu'il peut y avoir. Ce n'est pas un groupe qui m'a influencé. En rock, j'ai écouté peu de français mais plus d'anglo-saxons dont ceux que vous citez. Ces influences se font inconsciemment. Pour ce qui est du français, ma culture ici est plus celle de la chanson, Brel, Brassens. Mais les comparaisons ne me gènent plus.

Tu cites des anciens du répertoire national", tu penses qu'il n'y a pas eu de relais avec ces grands artistes au niveau de la chanson.

Je n'ai pas la prétention de dire que je connais bien la chanson française actuelle. Mais je trouve qu'elle est triste à mourir en général. Ce que j'écoute sur les radios en tous cas. Après l'enregistrement de mon disque, je me suis remis du Brassens et du Brel, et j'ai eu l'impression d'avoir quelqu'un qui me disait "bon aller, retourne à l'école apprendre à écrire!". Il y a une sorte de modestie qui vient naturellement, par rapport à eux, parce qu'il y a une finesse et une émotion qui se conjuguent parfaitement.

Tu as du mal à écouter l'album qui vient de sortir ?
Je ne l'écoute plus. Je l'ai trop écouté. Les gens ne peuvent pas vraiment se rendre compte, mais lorsque l'on est en studio, ça passe en boucle, pour les prises de batterie, de guitare, de basse, pour le mixage. Au bout d'un moment on n'a plus de recul.



C'est la scène qui va donner une deuxième vie à ces chansons ?

Forcément. J'attends cela avec impatience, mais je veux le préparer sérieusement, répéter longtemps, ça changera un peu de l'album. Déjà que certaines chansons ne sont plus ce qu'elles étaient au départ. "Rock'n roll Star" était un titre joué sur deux accords.

Les gens avec qui tu as travaillé en studio ont adouci le truc ?

Oui. Cela m'intéressait. Etant instrumentaliste, je ne connaissais pas trop le travail des machines. Les maquettes étaient trés basiques, guitare-voix ou piano-voix. Je travaille plus à l'électrique pour la composition, mais pour les maquettes, je repasse à l'acoustique. Je considère qu'elles fonctionnent si elles peuvent être jouées ainsi. L'électrique et sa puissance sont plus pervers en raison du son, leur efficacité ne se fait pas grâce aux accords et à l'harmonie préfère procéder ainsi et faire le son après.

Tu savais quand même au début de l'enregistrement ce que tu aimerais entendre au final, ou est-ce que tu as laissé faire ton entourage professionnel ?

Tout s'est fait en groupe, avec Marcus Bell et Jean-Daniel Glorioso que j'ai rencontré avant de faire le travail de pré-production. Nous sommes partis ensemble dans l'aventure sans se demander qui ferait quoi. Il y avait simplement les mêmes envies de recherche. C'est ce qui fait que les morceaux se sont décomposés, qu'ils ont été reconstruits différemment. Cetains sont restés intacts. Tous ne sont pas de moi.

Comment s'est passée ton arrivée dans le milieu nusical ? Tu avais des connaissances, ou est-ce une histoire de chance ?

Non. Rien. Arrivé à Paris, j'ai rencontré des gens, je pense qu'on a toujours de la chance quand ça marche, et jamais quand ça marche pas. Cela fait partie des paramètres mais ce n'est pas trés clair comme concept. On peut dire que j'ai eu de la chance aussi de pouvoir faire du piano, de pouvoir écrire et d'avoir une mère qui m'a mis des coups de pieds au cul et qui m'a même donné envie de me casser à 18 ans. Tout cela fait partie de la même chose. Si je ne l'avais pas fait là, je l'aurais fait à un autre moment. C'est une histoire de volonté. Si l'on ne croit qu'en une seule chose, au bout d'un moment, on l'atteint. Même au niveau de la vision que je pouvais avoir d'une maison de disques avant de me retrouver signé, rien n'a quasiment changé. J'ai pu faire ce que je voulais, de la musique à la pochette. C'est con, je ne peux même pas les insulter !

C'est plein d'espoir pour ceux qui arrivent derrière.

Oui, mais il faut marquer son identité au départ. Il faut montrer que l'on est sûr de soi. De toute façon il n'y aura pas à faire de concessions. Quelque part les personnes n'ont pas vraiment le choix.

Tu étais juriste dans le temps ?

Non.

Mais tu es arrivé avec un avocat ?

Ah oui ! Chacun son métier. Le mien n'est ni de faire du marketing ni de négocier des contrats.
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# Posté le vendredi 11 mars 2005 12:01

Interview parut dans le "Figaro" du 15 mai 2000

SAEZ, "Trop ému pour me taire."

Saez. Damien Saez. Vous situez ? Pas forcément. Mais si, écoutez : "Encore un jour se lève sur la planète France / Et je sors doucement de mes rêves, je rentre dans la danse... Puisqu'on est jeune et con / Puisqu'ils sont vieux et fous / Puisque des hommes crèvent sous les ponts / Mais que ce monde s'en fout". Voilà, vous y êtes. Jeune et con, donc. Et aussi Sauvez cette étoile, deuxième hit en devenir. Ce jeune chanteur de 23 ans a tranquillement vendu quelque 60 000 exemplaire de son premier album Jours Etranges. Et ce n'est pas fini.

Gueule d'ange, limite boys band, et pourtant Saez se fait un devoir de ne pas mettre son physique en avant. Le cas relève plutôt du ténébreux romantique, sincèrement révolté, un brin poseur et provoc, déprimant mais pas pessimiste. Entre rock et ballades, naïveté et maturité, il est la preuve vivante que dans cette "jeunesse France", il n'y a pas que des "pions". "Je crois en effet que tout est possible. C'est un des avantages du monde dans lequel on vit. Il faut y croire, avoir du courage, se remettre en question, accepter de se prendre des baffes..."



Reprenons.
Jeunesse modeste et sage à Dijon. Bac et conservatoire de piano. Satisfait de sa formation musicale ? "Oui et non. Oui, car c'est la musique dans toute sa complexité, un apprentissage énorme, des dons qui se dévoilent par rapport à l'oreille. Il s'agit d'une réelle étude. Quelque part, ce sont des mathématiques en musique, avec le caractère émotionnel en plus. Et non, parce que l'on étudie des génies mais on ne laisse pas de place à l'identité de chacun. On comprend que l'on ne sera jamais à leur hauteur." Résultat ? Départ pour Paris après le lycée.

A-t-il à un moment précis choisi ce métier ? "Je répondais en disant que c'était ce que je voulais faire. Il y avait beaucoup de musique à la maison, c'était un peu mon compagnon de voyage à travers les années, une sorte de prédestination. J'écoutais plutôt du rock et du jazz alors que je jouais du classique : ça m'a donné une ouverture d'esprit." Parmi ses autres influences artistiques, Zola, Baudelaire et Rimbaut. Sa conscience sociale, il dit la devoir à sa sensibilité. "Ne pas accepter. Etre trop ému pour se taire. Ne pas être blasé." Rencontrer "le Moyen Age à chaque coin de rue" n'en finit pas de l'éc½urer. Jusque là, il a choisi les mots pour lutter. En espérant avoir un jour le courage de dépasser ce stade.

Peut-on parler de compassion ? Le jeune homme aurait tendance à rejeter la caractère chrétien de ce mot. Pourtant ses textes ne manquent pas d'anges, de ciels, d'étoiles... Une de ses chansons s'intitule même Halleluja ; une autre Montée là-haut. Il préfère explorer d'autres pistes de réponses : "Je n'arrive pas à me contenter de l'introspection. C'est rop nombriliste." Mais revient sur la question de la religion : "La seule chose que je respecte, c'est la faculté de croire des gens. Ca leur donne une réponse à la mort et c'est déjà pas mal. S'en tenir aux raisonnnements scientifiques pour répondre à la mort n'est pas trés gai." La mort lui fait peur. Comme une angoisse lourde, d'autant plus terrifiante qu'il n'y a jamais été confronté.

Au c½ur de ses textes, encore, la drogue ou le constat que les jeunes ne sont pas heureux. "Comment peut-on être heureux devant un écran d'ordinateur ? Je trouve ça bète et dommage. C'est une télé améliorée. Il y a trop de temps perdu. Il faut un peu de vie." Il trouve pourtant normal que la jeunesse se reconnaisse dans ses textes. Il parle d'eux tout simplement. Mais au fait, et l'amour dans tout ça ? "Je ne sais pas. L'amour est individuelle. De toute façon, je ne l'ai jamais rencontré, mais ça ne me traumatise pas."
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# Posté le vendredi 11 mars 2005 12:00